Le Grand Boulevard et le Mongy - Alfred Mongy, l'homme du Tramway

Ci-dessous un extrait du livre : Lille Roubaix Tourcoing Histoire et traditions, de Paul Delsalle

La forte croissance des trois principales villes au cours du XIXe siècle et l'ampleur des destructions durant la guerre 1914-1918 ont incité les autorités régionales à renforcer les liens structurels entre Lille, Roubaix et Tourcoing. Un plan d'aménagement est à l'origine de l'artère fondamentale de la métropole : le fameux Grand Boulevard et son vénérable tramway.

La disposition géographique des trois villes détermine les liaisons : un axe unique au départ de Lille jusqu'à Marcq-en-Barœul. A partir du Croisé Laroche, le Grand Boulevard se divise : une branche vers Tourcoing, l'autre vers Roubaix.

Dès lors, Marcq-en-Barœul devient la ville résidentielle bénéficiant de sa position centrale et admirablement desservie par cette nouvelle artère. Le plan complémentaire d'urbanisme, élaboré par l'architecte Jacques Greber (1923) prévoit même une série d'avenues circulaires concentriques autour du Croisé Laroche (non réalisées) et d'autres avenues prestigieuses, comme l'avenue Foch. On est vraiment ici au cœur de la métropole.

L'attrait résidentiel de Marcq-en-Barœul s'affirme entre les deux guerres mondiales. La population passe de 12 713 habitants en 1921 à 21 300 en 1936.

Le Grand Boulevard, large de 50 mètres, se réalise, pour l'essentiel avant la guerre de 1914-1918. A la chaussée centrale (deux fois deux voies) s'ajoutent des chaussées latérales entre lesquelles on a prévu une piste cavalière ou cyclable d'un côté et, de l'autre la voie ferrée d'un tramway : Le métropolitain du Nord. Alfred Mongy lui laissera son nom. Et, tout au long, on plante 6 000 arbres.

Le Mongy est inauguré le 4 décembre 1909. Plus encore que le Grand Boulevard, car la circulation automobile est alors très modeste (les photographies de l'époque en témoignent !) il renforce les liens entre les 3 villes. Le tramway est rapide et économique.

La Grande aventure du Grand Boulevard

Ci-dessous l'article paru dans le revue " Le Nord " du conseil général en février 2009.
Cliquer sur les images pour les agrandir.



Grand Boulevard : cent ans, ça se fête

Déjà, il y a un siècle, certains avaient compris qu'il fallait relier Lille, Roubaix et Tourcoing. En septembre et en novembre, festivités au menu. Un article de Florence Traulle paru dans Nord Eclair.
«Si la capitale est fière de ses Champs-Élysées, considérés comme uniques au monde, la nouvelle ville de Lille-Roubaix-Tourcoing compte rivaliser avec elle et la dépasser même, puisque son avenue sera double après bifurcation ! ». Celui qui, en 1906, écrit ces lignes dans une revue fait partie de ceux qui moquent les ambitions avant-gardistes du futur « Grand Boulevard ». Imaginez il y a un siècle « 14 kilomètres de voies, 50 mètres de largeur segmentés en fonction des moyens de transport ; un "berceau de verdure" de 6 000 arbres au sein duquel piétons, cyclistes et cavaliers côtoient les automobiles et un nouveau tramway électrique dont "la vitesse égalera presque celle du métropolitain de Paris" ».
L'idée est alors totalement novatrice et c'est à peine si nous nous en rendons encore compte. Rudy Elegeest, vice-président chargé des grands événements à la communauté urbaine de Lille, le rappelle, ce fut « l'acte de préfiguration de la métropole, le premier signe de la construction métropolitaine ». Pensez donc, ses concepteurs ont l'idée géniale de relier Lille, Roubaix et Tourcoing, alors trois villes industrielles puissantes. Et cet ouvrage moderniste voit le jour grâce à l'action coordonnée de deux brillants chefs d'orchestre, les ingénieurs Alfred Mongy et Arthur Stoclet. Liaison pratique pour les uns, autoroute urbaine aberrante écologiquement parlant pour d'autres, « c'est aussi un lieu de vie, avec une forte dimension affective », ajoute Rudy Elegeest qui parle de ces « passionnés d'histoire et d'architecture » que les festivités du centenaire cet automne ne devraient pas manquer d'attirer.
Ce n'est pas Jean-René Lecerf, l'ancien maire de Marcq-en-Barœul, qui dira le contraire. Président de l'association Grand Boulevard 2009 qui rassemble les communes de La Madeleine, Marcq, Wasquehal, Croix et Mouvaux, il veut faire de cet anniversaire « un moment particulièrement symbolique ». Lui aussi le décrit comme « le symbole du lien et de l'identité de la métropole » et si les maires de l'association qu'il préside ont eu, au départ, le sentiment que la communauté urbaine tardait à enclencher la dynamique, on nous assure que ces temps sont révolus, que tout le monde tire dans le même sens. Il ne reviendra pas sur ce rapport sur la requalification du site rédigé du temps où il siégeait à la communauté urbaine, et qui a fini dans un tiroir où on ne sait quelle poussière le recouvre. « C'était sans doute trop un débat de spécialistes. La population s'était sentie à l'écart ».
C'est ce que tout le monde veut éviter désormais. La communauté urbaine vante « un projet associant les neuf villes traversées par le boulevard et un maximum de partenaires, associations, écoles, offices du tourisme, commerçants, entreprises, Transpole... ». Beaucoup ont répondu. Résultat : le 29 novembre, des expositions et des spectacles sont annoncés, des visites guidées aussi, le tout convergeant vers le Croisé Laroche pour un grand final festif, imaginé par le Groupe F qui a déjà animé des cérémonies de JO, des finales de coupes du Monde.
L'association Grand Boulevard 2009, elle, organise un défilé de 1 000 voitures anciennes le 27 septembre avec « pique-nique républicain » sur la piste cyclable. « Une manifestation plus à vivre qu'à voir » pour J.-R. Lecerf. Ici aussi, on veut faciliter les projets des autres.
Expositions itinérantes, conférences, les détails restent à affiner. Une certitude aussi : le Grand Boulevard ne veut pas uniquement se regarder dans le rétro. On parlera aussi de son avenir.

Le Grand Boulevard, la création d'un axe urbain

« Le Grand Boulevard. » Cette appellation exprime la fierté d’une région, ainsi que la monumentalité de l’axe en patte d’oie projeté dès la fin du xixe siècle pour relier les villes de Lille, Roubaix et Tourcoing. L’inauguration de l’artère, le 4 décembre 1909, scelle la rencontre de trois communes qui font alors figure de géants de l’industrie française, en même temps qu’elle ouvre de nouveaux territoires, pas seulement réservés aux couches les plus favorisées, à l’urbanisation d’une métropole en gestation.

Un article de Diana Palazova-Lebleu*

« Si la capitale est fière de ses Champs-Élysées, considérés comme uniques au monde, la nouvelle ville de Lille-Roubaix-Tourcoing compte rivaliser avec elle et la dépasser même, puisque son avenue sera double après bifurcation. » L’auteur de ce court extrait de la célèbre revue La construction moderne dissèque le projet de route entre Lille, Roubaix et Tourcoing en date du 13 janvier 1906. Les journalistes portent un regard ironique sur les ambitions avant-gardistes de ce « Grand Boulevard ». Quatorze kilomètres de voies, cinquante mètres de largeur segmentés en fonction des moyens de transport ; un « berceau de verdure » de six mille arbres au sein duquel piétons, cyclistes et cavaliers côtoient les automobiles et un nouveau tramway électrique dont « la vitesse égalera presque celle du métropolitain de Paris » !
Pourtant, cet ouvrage moderniste voit le jour grâce à l’action coordonnée de deux brillants chefs d’orchestre, les ingénieurs Alfred Mongy et Arthur Stoclet. La force du projet est d’offrir « non seulement des facilités de circulation indispensables, mais encore des espaces libres où l’air et la lumière puissent se répandre sans obstacles ». Après le chemin de fer qui pénètre à Lille en 1846, la nouvelle artère réalise une seconde trouée dans ses remparts désormais obsolètes, anticipant leur démantèlement en 1919. Elle contribue au désenclavement de la « capitale des Flandres », au resserrement d’une banlieue émiettée et à la conquête d’une campagne dont les étendues prometteuses, l’air pur et la verdure manquent au cœur des villes noircies par les fumées des usines.

Rencontres sociales
La nouvelle artère séduit en premier des populations aisées dont les affaires se trouvent dans les communes desservies. Choisir le Boulevard, c’est investir dans un cadre de vie agréable et sain, suffisamment proche des exploitations industrielles et commerciales, et suffisamment éloigné du bruit des usines et des centres-villes. Ce critère fonctionnel instaure une certaine polarisation de l’axe à la mode : ingénieurs, directeurs, rentiers, représentants, négociants, hauts fonctionnaires et quelques industriels lillois, comme les filateurs Descamps-Thiriez, optent pour le tronçon compris entre Lille et Marcq-en-Barœul. À partir du Croisé-Laroche, point de rencontre des trois branches de l’artère, les demeures sont majoritairement industrielles, destinées à de grandes familles de filateurs comme les Jonglez, Leuront, Duvillier, Dewavrin, Six, Masurel, Motte, D’Haussy et Lesaffre. La polarisation géographique est stimulée par l’étendue des terrains : La Madeleine et Marcq-en-Barœul, territoires plus denses, favorisent les rangs urbains en front-à-rue, formés d’hôtels particuliers accolés, alors que les paysages agrestes après Le Croisé-Laroche attirent les dynasties industrielles qui, depuis le dernier tiers du xixe siècle, tendent à s’éloigner de l’enceinte des usines et à éviter les mitoyennetés au profit d’écrins de verdure.
Parallèlement à l’aménagement du Boulevard, plusieurs opérations de voirie permettent son raccordement aux territoires préexistants. Près des fortifications lilloises, La Madeleine met en place de nouvelles voies, avant même l’inauguration de l’axe. Les rues du Docteur-Legay, de Paris, Berthelot et Ampère apparaissent dès 1907 ; en 1909, la rue Foubert aménage le côté opposé, où elle assure la jonction avec les rues du Ballon et de La Madeleine, le long du cimetière de l’est de Lille. En 1912, la rue du Jardin-Botanique réalise la soudure définitive de l’ouvrage à ces périphéries lilloises, où les populations ouvrières côtoient la petite bourgeoisie. Sur le même schéma, Marcq-en-Barœul, dont l’hippodrome est implanté à proximité du Grand Boulevard en 1928, entamera de vastes programmes urbanistiques, parallèles à l’ouverture du boulevard Clemenceau. Outre la rencontre de quartiers déjà aménagés, les nouveaux affluents au réseau départemental et municipal favoriseront les réalisations en direction des classes moyennes et des couches ouvrières.

Variations architecturales
Le grand gagnant de l’aménagement du Boulevard est l’éclectisme : tantôt classicisant, tantôt rehaussé de quelques notes Art nouveau ou Art déco, tantôt livré à des expérimentations régionalistes… Ses influences varient suivant la personnalité des propriétaires et l’image qu’ils souhaitent véhiculer. Certaines réalisations privilégient les accents bucoliques, en référence aux terrains qui les reçoivent. Aux abords du Boulevard, rue du Triez, à Wasquehal, l’architecte Henri Maillard livre ainsi une demeure à colombages où de pittoresques consoles en tête de bélier enchevêtrent leur portée décorative à l’emblème du propriétaire, engagé dans l’activité lainière.
La plupart des industriels adoptent les poncifs de l’architecture classique : façades tripartites et planes, multipliant colonnes, arcs, clés, frontons, guirlandes…, autant d’éléments qu’ils partagent avec les hôtels de ville dont se parent Tourcoing (Charles Maillard, 1885) et Roubaix (Victor Laloux, 1911). Jusqu’aux années 1960, Le Croisé-Laroche constituait l’apogée de cette esthétique classicisante grâce au château d’Hector Franchomme, codirecteur de la célèbre chocolaterie Delespaul-Havez depuis 1893. Cette demeure monumentale, construite en 1908 par l’architecte Armand Lemay, dominait la campagne marcquoise derrière un corps d’entrée en arc de triomphe, célébrant la puissance du commanditaire et celle du Boulevard des Trois Villes.
Dans les lotissements des classes moyennes, la répétition d’un même schéma de distribution occasionne des façades pétulantes, en phase avec la recherche identitaire des habitants. Le vocabulaire est plastique et allègre, les parois en brique reçoivent bow-windows et balcons en fer forgé à découpes fantaisistes, alors que les céramiques et briques vernissées polychromes contribuent à l’hygiénisme des lieux et alimentent son insatiabilité décorative. Ces lotissements rappellent certaines expériences faubouriennes comme la rue Gounod à Saint-Maurice, réalisée par Armand Lemay à partir de 1903. La soudure urbaine matérialisée par l’axe se transforme en lien identitaire : la classe moyenne, tampon dans l’échelle sociale, l’est aussi sur le plan urbain et architectural, où elle assure la transition entre l’esthétique populaire et celle des classes aisées.
Le lien social est encore plus fermement établi à travers l’architecture Art déco. Elle semble particulièrement convenir à certaines réalisations issues de la loi Loucheur (1928) qui ponctuent le paysage de Marcq-en-Barœul, au croisement des rues Sembat et de la Petite-Hollande. Dans cette lignée, les rues de la Paix et de la Prévoyance** résonnent comme un manifeste social : ces noms évocateurs couronnent la réalisation de plus de cent maisons au sein desquelles l’économie des moyens se transforme en parti pris architectural. La richesse du langage réside dans l’expression collective, la cadence décorative étant le fruit de répétitions de motifs simples. Ces ensembles réussissent le pari moderniste défendant le beau, l’utile et le vrai en architecture et font écho à l’Art déco que Robert Mallet-Stevens porte à son apogée dans une demeure industrielle le long du Grand Boulevard roubaisien : la villa Cavrois. Bien qu’issus de deux réalités sociales opposées, ces programmes partagent les mêmes visées fonctionnelles et esthétiques.
Quelques décennies plus tard, la rencontre architecturale entre le monde ouvrier et le monde industriel atteint son apothéose dans le couvent des Dominicains (1964, Pinsard et Hutchison, arch.), aux confins de Saint-Maurice et de La Madeleine. C’est entre les structures brutes héritées des fabriques et des maisons ouvrières que s’élèvent les prières dominicaines. L’édifice célèbre une rencontre à la fois urbaine, architecturale et humaine, à l’instar des liens profondément humains qui ont servi de base aux empires industriels. Cent ans après sa naissance, le Grand Boulevard est toujours redevable à ces rencontres avant tout identitaires qui lui ont donné un sens et une pérennité.

*Diana Palazova-Lebleu est étudiante en histoire de l’art (spécialité architecture contemporaine) et Ater (attachée temporaire d’enseignement et de recherche) à l’université de Lille-III. Elle achève actuellement un doctorat sur les œuvres des architectes Louis-Marie et Louis-Stanislas Cordonnier.

**Les rues de la Paix et de la Prévoyance à Marcq-en-Barœul sont l'œuvre de l'architecte Gabriel Pagnerre.

Mouvaux mets en scène le Grand Boulevard



La ville de Mouvaux a eu la bonne idée d'exposer sur le côté droit du Grand Boulevard en venant de Tourcoing, une centaine de photographies. Tour à tour on passe des vues anciennes, dont beaucoup de cartes postales, à des clichés modernes. Une belle promenade dans le temps.

Cent ans du Grand boulevard, un grand événement métropolitain

le grand boulevard

En lien étroit avec les communes riveraines, Lille Métropole Communauté urbaine entend faire de la célébration du centenaire du Grand boulevard un événement populaire. Elle programme un ensemble de manifestations dont le temps fort sera la fête au Croisé Laroche le 28 novembre.


R Elegeest, JR Lecerf, G CaudronMercredi 23 juin, à l’Hôtel de Communauté, entouré de Jean-René Lecerf, président de l’Association du Grand boulevard, et des maires des communes concernées ou de leurs représentants, Rudy Elegeest, Premier vice-président de Lille Métropole Communauté urbaine chargé des grands événements, a expliqué les raisons pour laquelle la Communauté urbaine « va s’investir de façon exceptionnelle » dans la commémoration de l’inauguration, le 9 décembre 1909, de ce qui est « le premier signe de la construction de notre métropole », « une préfiguration de la métropolisation ».

Le Grand Boulevard, a-t-il expliqué, est un lieu de vie qui traverse neuf communes, « un axe emblématique » chargé d’affectivité, si fréquenté par les Métropolitains qu’ « ils ne voient plus bien les lieux», qu’ils doivent se le réapproprier de façon à ce que « leur avenir leur paraisse un avenir important » selon l’expression de Jean-René Lecerf.

Grande fête le 28 novembre
« Nous souhaitons fédérer les initiatives multiples », a poursuivi Rudy Elegeest en évoquant le travail entrepris avec les communes, les offices de tourisme, les associations et même les particuliers. Ce « projet participatif » conjuguera manifestations festives, expositions, visites guidées. Symboliquement, cent sites remarquables par leur architecture ou leur histoire seront identifiés et signalés par un logo spécifique : ils raconteront le Grand boulevard. Loin de se réduire à une commémoration, cet événement sera aussi l’occasion de réfléchir au devenir de ce boulevard au sein de l’Eurométropole.

Les Métropolitains célébreront donc le centenaire le 28 novembre. Ce jour-là, ils se retrouveront aux trois « Espaces Grand boulevard » (aux extrémités de cette voie prestigieuse et au Croisé) où un certain nombre d’animations se dérouleront : expositions, théâtre de rue, danses, concerts, etc. Entre ces espaces, outre les visites guidées des cent sites, sont prévues d’autres manifestations.

Le temps fort est programmé le 28 novembre, à partir de 19 h, au Croisé Laroche. Le Groupe F, qui avait animé l’ouverture de Lille 3000, proposera « un grand final festif ». Ce jour-là, le tram sera gratuit l’après-midi et en soirée. Transpole participera d’ailleurs à la fête en « relookant » stations, quais et rames. Un avant-goût sera donné le 27 septembre avec une première manifestation, un défilé de voitures anciennes et un grand boulevard fermé… aux automobiles d’aujourd’hui.

Différentes dénominations

Cet axe de déplacement stratégique, communément appelé le Grand Boulevard, s'étend sur 14 km de long, 50 mètres de largeur. Une vaste plantation de plus de 6 000 arbres apporte oxygène et verdure. L'artère a vu passer des hippomobiles, des vélocipèdes à l'époque où sa traversée se passait à travers champs, le tramway appelé Mongy (du nom de son constructeur et ingénieur) des voitures, de plus en plus nombreuses et des vélos sur sa piste cyclable.

En 1909, date de son lancement, sur les cartes postales de l'époque, on note diverses dénominations : le Nouveau Boulevard puis le Boulevard des Trois Villes. À Lille, la portion entre le théâtre et l'entrée vers La Madeleine s'appelle le boulevard Carnot, honorant ainsi la mémoire du président de la République assassiné (1837-1837) par l'anarchiste italien Sante Geronimo Caserio au cours d'un déplacement officiel à Lyon.


Il faudra attendre 1935 pour que le conseil général prenne la compétence sur l'ensemble du territoire et attribue une nouvelle dénomination. L'axe La Madeleine-Croisé-Laroche devient l'avenue de la République, la branche de Roubaix, avenue de Flandre, la branche de Tourcoing, avenue de la Marne, en souvenir des combats de la guerre 14-18.


Enfin, l'axe central du Croisé-Laroche prend le nom de place Lisfranc, après la Seconde Guerre mondiale, en mémoire d'un résistant fusillé par les Allemands à Bondues en 1943. Symboliquement, a été planté à cet endroit « L'Arbre de la Libération ».



En dernière de couverture de l'ouvrage consacré au Grand Boulevard écrit par Jacques Desbarbieux et Hubert Hennart figurent les différentes plaques dénominatives des axes de cette voie.

L'inauguration le samedi 4 décembre 1909

Un menu digne d’Escoffier pour l’inauguration du Grand Boulevard 


Le menu servi le 4 décembre 2009 lors de l'inauguration du Grand Boulevard était assez conséquent : Potage Nivernais - Truite Saumonée sauce Ivoire - Filet de Bœuf à la Française - Poulardes du Mans truffées - Haricots verts panachés - Faisans de Bohême rôtis - Langoustes en Bellevue - Croquante aux Choux - Glace Plombières - Desserts. Le tout arrosé de Bordeaux rouge et de blanc puis de Champagne ... il valait mieux rentrer en mongy !


Les petites histoires du patrimoine marcquois. Cet été nous vous racontons des histoires peu connues ou insolites autour du patrimoine de Marcq-en-Barœul. Premier volet de notre série sur le banquet d’inauguration du Grand Boulevard, en 1909. 

 

Le samedi 4 décembre 1909, eut lieu l’inauguration du Grand Boulevard. Soigneusement conservé dans les archives de la ville, le menu du banquet, révèle l’art culinaire du début du XXe siècle, fortement influencé par le grand maître, Auguste Escoffier « Rois des cuisiniers et cuisinier des rois ». Cette journée pas comme les autres a dû nourrir des conversations surprenantes.



« Potage nivernais, truite saumonée sauce Ivoire, filet de bœuf à la française, poulardes du Mans truffées, haricots verts panachés, faisans de Bohème rôtis, langoustes en Bellevue, croquante aux choux… » Voilà les assiettes, le tout arrosé de moulin-à-vent, de champagne frappé… Nul doute que les invités au banquet purent oublier rapidement l’absence délibérée du ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics, d’alors, Joseph Ruau. Membre du parti de la gauche radicale, celui-ci refusa de partager sa table avec certains maires de droite dont sans doute Eugène Motte, industriel et maire de Roubaix, farouche opposant de Jules Guesde et Charles Delesalle, qui sera maire de Lille, membre éminent de la gauche républicaine. Le préfet suivit le ministre et quitta l’assemblée. Au lieu de 500 invités, ils ne furent donc plus que 250. Ceci ne dut pas troubler certaines personnalités politiques qui s’offusquaient sans doute encore du vote de la loi de 1905 promulguant la séparation de l’Église et de l’État, loi défendue par le ministre absent.

 

300 véhicules par jour

 

M. Barrois, dont le menu conservé par la ville porte le nom, faisait partie des invités d’honneur. Issu d’une famille de Lille et des environs et propriétaire de plusieurs filatures, cet entrepreneur évoqua-t-il, entre deux plats servis dans le dépôt du Mongy, ce magnifique tronçon de 14 km de long venant de Lille et se séparant à Marcq-en-Barœul pour aller vers Roubaix et Tourcoing, offrant des opportunités de déplacements fluides ? Peut-être était-il heureux de constater que 300 véhicules par jour empruntaient désormais facilement cet axe majeur. Aurait-il pu imaginer que 116 ans plus tard, ce chiffre s’élèverait à 57 000 voitures par jour sur le tronçon commun, de Lille au Croisé-Laroche ?


Le maire de Tourcoing, Gustave Dron, de la gauche radicale, rappelait-il à son voisin de table la genèse du Grand Boulevard ? Une idée d’un de ses confrères médecin, Théophile Bécour, conseiller général de Fives qui, confronté à la pauvreté de la population lilloise vivant dans des conditions insalubres, avait eu une idée révolutionnaire lors d’une séance du conseil général, en 1896. Sur un document, conservé aux Archives Départementales, on lit : « Il serait facile et peu coûteux de créer un boulevard ayant un chemin de fer à droite (future voie du tramway), une route carrossable, une voie de piétons et un terre-plein ombragé reliant les trois villes de Lille-Roubaix-Tourcoing et leurs 400 000 habitants. Ce serait une œuvre d’hygiène sociale qui offrirait aux ouvriers, aux employés et aux petits rentiers, un cottage sain, à l’instar des Peabody’s Cottages à Londres. Le comité de patronage pourrait édifier des jardins, des maisons ouvrières et louer ces maisons au taux normal avec faculté d’acquisition pour les locataires… » Un vœu pieux.


Ces hommes du début du XXe siècle avaient un regard visionnaire même s’ils ne pouvaient mesurer l’impact social, économique et environnemental de ce grand Boulevard dont le Croisé-Laroche reste, géographiquement, l’axe central.



Un monde quasi bucolique sur le Grand Boulevard du début du XXe siècle

 

Sources : Le Grand Boulevard, en long, en large et en travers. ADU. Direction des Archives et du Patrimoine, ville de Marcq-en-Barœul. Article d'Edith Masse paru dans la Voix du Nord le mardi 15 juillet 2025 dans la série d’été.



Alfred Mongy était absent le jour de l'inauguration


Piste cyclable

Voir un complément sur le vélodrome


Le côté visionnaire des constructeurs se trouve dans les divers aménagements, comme une double voie réservée pour les tramways et une piste cavalière.



Sur cette carte postale (n° 162) on découvre 2 cyclistes à côté de la piste cavalière. Cette dernière sera progressivement de moins en moins utilisée pour laisser davantage de place aux vélos.


À l’époque les cyclistes se plaignent qu’en hiver la boue de la piste en cendrée tache leurs vêtements.


En 2025, l'ancienne piste macadamisée a bénéficié d’un nouvel enrobement, ainsi que d'une amélioration des feux tricolores.


Au niveau des ouvrages d'art, pour dégager une hauteur utile de 4,30 mètres, il avait fallu relever de 2 mètres le tablier. Le pont fut détruit en 1918 et reconstruit à l’identique. Aujourd’hui fleurissent dans ce secteur de nombreux immeubles de bureaux, banques et assurances, qui trouvent ici un emplacement de choix. Une passerelle piéton longe ce pont juste au niveau du dépôt des Rouges-Barres.


Grand Boulevard pionnier


Extrait d'un article de Christian Canivez paru dans la Voix du Nord le dimanche 13 juillet 2025 


Les projets se multiplient en cette toute fin de siècle. Des pistes cyclables dédiées sont aménagées entre Lille et Baisieux, entre Lille et Douai, entre Cambrai et Épinoy, entre Cambrai et Bois-de-Bourlon, comme nous l’apprennent les bulletins du Touring club de France et de la très active Association pour l’aménagement des pistes cyclables. Mais d’autres projets voient le jour un peu partout dans la région.


L’un des plus ambitieux est celui des ingénieurs Stoclet et Guillain, les aménageurs du Grand Boulevard devant relier Lille à Roubaix et Tourcoing : la création de 15 km de trottoirs cyclables sans interruption entre les trois villes. La motivation est claire : à côté des allées cavalières, des voies réservées aux voitures et des lignes de tramway de l’ingénieur Mongy, on veut permettre aux foules d’ouvriers travaillant dans les usines de la métropole de se rendre à leur travail efficacement, sans retard et en limitant les risques d’accident. On est loin ici du cyclotourisme !



Les pistes cyclables du Grand Boulevard voient le jour en 1909.





 


L'avenir de l'ancien dépôt de l'ELRT



MARCQ-EN-BARŒUL Friche Transpole : un devenir qui joue l’Arlésienne !

CHICHE, ON DÉFRICHE ? 

Plus facile à dire qu’à faire. Certaines friches industrielles ou commerciales font partie depuis longtemps du paysage. À quoi, peut-on s’attendre dans les mois à venir ? Aujourd’hui, la friche Transpole à Marcq-en-Barœul, qui devrait accueillir le collège des Rouges Barres… entre autres.

Article paru le 13 août 2017 dans la série d'été de la Voix du Nord. Texte de Brigitte Lemery et photos de Christophe Lefebvre.

1. Le début de l’histoire

Aujourd’hui, ce dépôt centenaire de tramways, vaste espace urbain de 20 487 m2, devenu le refuge des pigeons, des taggeurs compulsifs, est envahi par les ronces, les fleurs sauvages et même les arbustes, régnant en maître sur les antiques pavés de grès et les rails sinueux du « Mongy ». Construit en 1905 avec le Grand Boulevard, c’est l’œuvre d’Alfred Mongy, ingénieur-entrepreneur. Il obtient la concession du Grand Boulevard et imagine d’en faire un axe majeur de circulation, avec un tramway électrique.

L’inauguration conjointe du Grand Boulevard, du tramway, du siège de l’ELRT (Électricité Lille-Roubaix-Tourcoing) a lieu le 4 décembre 1909 avec 200 convives dont MM. Catry, Delsalle, Motte et Dron, maires de Marcq-en-Barœul, Lille, Roubaix et Tourcoing. À l’origine, un seul bâtiment administratif avait été bâti, à droite de l’entrée, des services et un hangar-atelier. Car à gauche, subsistait une des nombreuses fermes de Marcq-en-Barœul, verger de Lille, ensuite rasée pour y construire en 1930 un local pour le personnel du « mouvement » (wattmen et contrôleurs), après l’édification en 1924 d’un second hangar-atelier. Une nouvelle aile droite est bâtie en 1940, puis d’autres hangars-ateliers, avec le succès grandissant du « tram ». Au début de l’exploitation, il y avait 25 motrices à bogies, la série 400 de la Société franco-belge.

2. Plusieurs exploitants

Après l’ELRT, premier exploitant de 1909 à 1968, il y eut la SNELRT (Société nouvelle de l’électrique Lille-Roubaix-Tourcoing) de 1960 à 1981. Puis la Cotrali (Compagnie des transports de la Communauté urbaine de Lille), fusion de la CGIT et de la SNELRT à partir de 1981. La CUDL, créée en 1966 est devenue propriétaire en 1970. En 1982, apparaît le sigle TCC (Transports en commun de la Communauté). En 1989, la Comeli (qui gère le métro) fusionne avec la Cotrali (tram et bus), sous le sigle TCC. Il faut attendre 1994 pour que la TCC devienne Transpole. Et 2012 pour la fermeture du dépôt marcquois.

3. Un site à dépolluer

La friche Transpole, c’est 20 487 m² de bâtiments administratifs, de voies ferrées, de réserves, de hangars, d’ateliers (forge, mécanique, peinture, menuiserie…) qui ont servi à la réparation, l’entretien des motrices et wagons. Une friche dangereuse, souillée par les hydrocarbures, qui nécessitera une dépollution. Le site est sécurisé. Rondes fréquentes et blocs de béton à l’entrée cherchent à éviter l’intrusion des gens du voyage, squatters ou taggeurs.

4. Un projet mixte

Dans le cadre de la requalification des friches industrielles entreprise par la MEL, en lien avec le Département, copropriétaire du lieu, le devenir de la friche pourrait être un projet mixte avec la délocalisation du collège des Rouges-Barres (toujours promise, malgré un budget départemental en berne), l’extension de l’entreprise textile Toulemonde et de l’immobilier tertiaire. Une opération complexe à monter, promise à jouer, elle aussi, comme le collège, l’Arlésienne, malgré un permis de démolition déjà accordé pour la friche Transpole.



Ci-dessous Anita Leurent a fait ces quelques instantanés du site en cours de démolition ©









Le Grand Boulevard de Madrid

 Le Grand Boulevard raconté par un historien espagnol 

 

Un article paru dans la Voix du Nord le mardi 13 février 2024 par Angélique Da Silva Dubuis.



Habiter. La construction du Grand Boulevard, en 1900, s’est-elle inspirée de Madrid et du projet d’Arturo Soria, un urbaniste espagnol ? C’est la conviction de Javier Rodriguez Cabello, historien de l’art en Espagne.   


Il vient de consacrer un article au boulevard Lille-Roubaix-Tourcoing dans une revue spécialisée, Via Libre.  



« Deuxième ville linéaire après Madrid »

 

« Images du Grand Boulevard entre Lille, Roubaix et Tourcoing, la version française de la Cité linéaire de Madrid. » C’est le titre d’une publication sur X (ex-Twitter) émanant de la Fondation Arturo Soria, du nom d’un célèbre architecte et urbaniste espagnol (1844-1920). Une publication assortie de photos assez inédites du Grand Boulevard, issues de la collection privée d’Arturo Soria, illustrant un article d’une dizaine de pages écrit par Javier Rodriguez Cabello.

 

Historien de l’art, membre de la fondation madrilène, il s’est passionné pour le destin d’Arturo Soria à qui l’histoire de l’urbanisme doit le concept de « cité linéaire » (Ciudad lineal en espagnol). Un concept qui a inspiré de grandes villes à travers le monde, dont Madrid et Lille ont été pionnières selon l’auteur.

 

« En Espagne, personne ne connaît vraiment l’histoire du Grand Boulevard. Je trouvais que la deuxième ville linéaire après Madrid méritait d’être connue ici aussi ! »


On apprend qu’en mars 1910, quelques mois après son inauguration, le Grand Boulevard a fait les gros titres du quotidien El Imparcial en évoquant « ce boulevard de 14 kilomètres de long et 50 mètres de large qui devrait faciliter les communications entre Lille, Roubaix et Tourcoing à travers une magnifique cité linéaire qui donne à voir la richesse des grands industriels du Nord de la France. »



Naissance des Cités-jardins

 

Javier Rodriguez Cabello explique avoir été frappé par de nombreuses similitudes entre le boulevard inauguré quinze ans plus tôt dans la capitale espagnole où Arturo Soria développe son modèle face à l’industrialisation qui entasse les familles ouvrières dans des baraquements. « Dans la cité linéaire, chaque famille dispose d’une maison, et chaque maison d’un jardin et d’un potager », défend alors celui qui entendait « ruraliser l’urbain et urbaniser le rural ».

 

Une approche qui fait écho au combat du médecin lillois Théophile Bécour pour désengorger la ville et offrir des conditions de vie plus dignes à la population dans des cités-jardins en facilitant le transport vers les usines de Lille, Roubaix et Tourcoing.

 

Dans son ouvrage L’Hygiène populaire (1896), le médecin les invite à l’exode : « Désertez la ruelle, la cité, l’impasse, la cour sans air ni lumière, où la fleur s’étiole sur la fenêtre, où meurt votre enfant par défaut de soleil. »



« Les habitants l’appellent toujours Mongy »

 

Autre curiosité pour Javier Rodriguez Cabello : les parallèles personnels entre Arturo Soria et Alfred Mongy (1840-1914) : « Tous deux ont commencé comme fonctionnaires et sont ensuite devenus des entrepreneurs dans le tramway. »


De la vitesse de pointe du tramway, 40 km/h, dont les moteurs Westinghouse étaient alimentés par une centrale électrique située à Wasquehal aux 6 000 arbres plantés le long des voies, l’article raconte en détail l’aventure du Grand Boulevard et du tramway relevant au passage que nous l’appelons toujours « Mongy » plus d’un siècle après son lancement.


Au fil de ses recherches sur la métropole, Javier Cabello Rodriguez a fait d’autres rencontres, « des coïncidences plus singulières » dit-il. Pionnière de l’aviation, Hélène Dutrieu aurait survolé à peu de temps d’intervalle les boulevards de Madrid et Lille pour des spectacles aériens.


Dans la cité linéaire, chaque famille dispose d’une maison, et chaque maison d’un jardin et d’un potager.






Voir le site de l'Exposition Internationale de Roubaix en 1911
Savez-vous que cette Exposition s'est déroulée en partie sur le Grand Boulevard inauguré deux ans plus tôt ?